17 février 2021

Journal de lectures : février 2021



Lu Cinq semaines en ballon de Jules Verne, avec intérêt, mais sans grand plaisir. La vision techniciste du monde est déjà présente chez Jules Verne, il n'est question que d'obstacles à franchir, et de moyens à mettre en œuvre. L'homme se transforme en machine. Le monde est survolé comme un spectacle, sans engagement ni interaction véritable. Déshumanisation au profit de la mainmise sur les choses. Conception très moderne. Monde désenchanté par la science, vidé de ses dieux, de sa durée, de ses forces mystérieuses, de sa poésie, ramené aux seules forces mécaniques.
Relu les livres IV et V des Contemplations de Hugo avec beaucoup de plaisir, et le mot est faible. Les Contemplations sont sans nul doute le plus grand livre de la littérature française pour moi. Si je ne devais en sauver qu'un, ce serait celui-là. Plénitude de chaque vers, qui porte à sa perfection chacune des dimensions du langage : beauté du rythme et des sonorités, élévation de la pensée, ouverture sur l'infini, appréhension totale de la vie, avec toutes ses douleurs et toutes ses joies. La vie tout entière est dans Les Contemplations, il n'y a vraiment pas grand-chose à rajouter.
Lu Ham on Rye (Souvenirs d'un pas grand-chose) de Bukowski, en anglais. Je me souvenais du reste assez bien de la version française. Grand livre d'un grand auteur. Bukowski a son style, il ne recule pas devant l'obstacle, et fait jaillir l'étincelle de la grisaille des choses. Vision très américaine malgré tout : tout se termine par des coups et des bagarres, éloge implicite du courage, de la ténacité, de la virilité, etc.

14 janvier 2021

Journal de lecture : janvier 2021



Lu Sous l'étoile d'automne de Knut Hamsun, avec plaisir et intérêt. Roman plus court que l'interminable Mystères, plaisant à lire, à défaut d'être très profond. Tous les passages narratifs m'ont semblé très bons. Les dialogues en revanche m'ont laissé un peu froid. Le fait est que l'on a du mal à s'intéresser aux personnages annexes, l'intrigue est assez relâchée, floue, sans grand enjeu.
Lu beaucoup de tragédies grecques ces derniers temps, surtout Eschyle (Les Sept contre Thèbes, Les Suppliantes, Prométhée enchaîné, Les Perses, Agamemnon) et Sophocle (Electre, Antigone, Œdipe roi). Eschyle est presque religieux, grandeur native, sans emphase. Enjeux supérieurs, économie dramatique. Grand plaisir de lecture, malgré quelques obscurités dues à la densité de la phrase. Chez Sophocle en revanche, les dieux sont quasiment absents. Drames familiaux, peinture crue des sentiments, noirceur profonde, on se croirait parfois chez Maupassant.
Bien avancé dans Les Misérables, qui au fond n’est pas un roman, mais une gigantesque méditation sur l'histoire et la destinée humaine.