28 juin 2012

Pyrrhon et le cochon


      Il y a une anecdote philosophique, du genre de celles dont les Anciens raffolaient, à laquelle je pense souvent. Elle nous est rapportée par Diogène Laërce et concerne le fameux philosophe sceptique Pyrrhon d’Élis. L’anecdote est la suivante : « Il était sur mer ; ses compagnons de voyage étaient affligés par la tempête ; lui seul, bien tranquille, gardait son âme forte, et montrant dans le navire un petit cochon qui mangeait, il dit que le sage devait garder cette indifférence. »
      Voilà un cochon qui, dans l’histoire de la philosophie, me semble avoir une importance capitale. Tout est dit par Pyrrhon, et les philosophes qui suivront, épicuriens et stoïciens, ne trouveront jamais mieux pour illustrer l’idéal du sage, qui vit dans l’instant et ignore la crainte. Cette petite histoire illustre en outre à quel point l’homme est un être d’imitation. Les valeurs abstraites, si nobles soient-elles, ne le séduisent pas, il lui faut un modèle sur lequel calquer son comportement. Et le petit cochon de Pyrrhon, candide et entier, est un modèle, en fin de compte, tout aussi opératoire que n’importe quel autre.

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