20 juin 2012

Souvenirs de la maison des morts

           
      Terminé les Souvenirs de la maison des morts, de Dostoïevski. J’ai été au début un peu désappointé, voire déçu, par cet ouvrage dont j’attendais beaucoup. Dostoïeski n’a pas la rigueur, la sobre lucidité qui rendent le fameux ouvrage de Primo Levi si remarquable. Il s’attarde dans des digressions, des anecdotes, des dialogues qui diluent parfois un peu la force du propos. Et le récit est construit selon une chronologie très approximative, sans grand souci d’ordre, sans la moindre progression dramatique, ce qui n’a pas laissé de heurter quelque peu un esprit classique comme le mien.
      Il y a pourtant quelque chose de très touchant dans ces Souvenirs de la maison des morts. Quelle personnalité attachante que ce Dostoïevski ! Il parle à peine de ses propres souffrances, la seule chose qui l’intéresse ce sont ses compagnons de bagne. Chaque individu est pour lui un univers dont il cherche à percer le mystère. Je ne connais pas d’auteur moins misanthrope que lui : il sait discerner les bons côtés de chacun, et trouver de la noblesse et de la grandeur chez les pires damnés de la terre. Pour lui, les forçats « avaient en eux des ressources merveilleuses, ils étaient peut-être les mieux doués, les plus énergiques des enfants de notre peuple ». Combien cet amour du peuple, partagé par la plupart des grands génies du dix-neuvième siècle, nous semble exotique de nos jours !

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