5 juillet 2019

Goodbye Gotama



Ne te figure pas être sage.

Proverbes, 3, 7

Je discutais l’autre jour avec un ami catholique.
« J’ai longtemps adhéré à la spiritualité bouddhiste, me dit-il. Je méditais. Je lisais le Dhammapada. Laisse-moi te dire, en quelques mots, ce que j’en pense aujourd’hui.
Je ne vais pas aborder l’aspect historique. D’après Etienne Couvert, dans son ouvrage Visages et masques de la gnose, le bouddhisme ne serait né qu’au IIIe siècle de notre ère dans le royaume de Bactriane. Il n’aurait aucune origine indienne, mais serait issu de l’hérésie manichéenne. Il n’y aurait aucune trace matérielle du bouddhisme antérieure à cette époque, tout ce qui concerne le Bouddha historique ne serait que pure légende. Je ne me prononce pas sur ces questions. J’observe juste que l’existence du Christ est avérée, elle, et que, sur ce point au moins, c’est bien le christianisme qui offre les garanties d’authenticité les plus sûres.
Mais cela est accessoire. Le cœur de mon propos, c’est la méditation. J’ai longtemps médité, pendant des années. Aussi étrange que cela puisse paraître, je n’ai jamais remis en cause cette pratique. Je voyais des articles partout, des ouvrages en librairie qui prônaient tous la méditation, ne serait-ce qu’au strict point de vue de la santé psychique et du bien-être. La méditation est censée améliorer la capacité de concentration, le calme, la confiance en soi, etc. C’est presque par hasard que je suis ensuite tombé sur des articles et des études scientifiques qui disaient le contraire. Et là, en cherchant, on trouve beaucoup de choses. Soumettant ma propre pratique à un examen critique, j’y ai retrouvé certains effets négatifs de la méditation : distanciation par rapport à soi-même et aux événements, position de pur spectateur par rapport à l’existence, frontière accrue entre soi et les autres, etc. Aujourd’hui, je considère la méditation comme une pratique clairement néfaste. Dans la méditation, on se concentre uniquement sur ses émotions, on les observe naître, se développer et mourir. Dès lors, ce qui devient primordial dans l’existence, ce sont les émotions, et la manière dont on les gère. Cette vue, très répandue de nos jours, est radicalement fausse, pernicieuse. Elle enferme l’individu dans la bulle de sa subjectivité. Paradoxalement, c’est au contraire en acceptant l’objectivité des événements que l’on s’affranchit : on s’engage dans l’existence, on vainc sa peur, et on remplit pleinement sa vocation de personne libre et responsable. Ce n’est pas toujours facile. Mais des chemins s’ouvrent toujours dans cette voie, tandis que l’entase bouddhiste, plus confortable au début, ne débouche en réalité sur rien du tout.
C’est en approfondissant ma connaissance de la doctrine chrétienne que j’ai découvert la véritable nature du bouddhisme. Dans le bouddhisme, comme dans la gnose, l’homme se suffit à lui-même pour parvenir au salut. Il n’y a pas besoin de Rédempteur. Chaque homme recèle en lui une graine de bouddhéité (ou de divinité chez les gnostiques), qu’il s’agit de faire émerger au moyen de pratiques ascétiques. L’homme recèle l’absolu en lui-même, il peut se passer de Dieu. C’est une pure hérésie. Il est d’ailleurs intéressant de constater que toutes les spiritualités orientales reposent sur des hérésies chrétiennes : on a le Père sans le Fils (l’islam), le Fils sans le Père (le bouddhisme), etc. Diviniser l’homme, faire son salut par soi-même, cela rejoint les tendances les plus fondamentales de la société contemporaine, et c’est vraiment la voie de la perdition.
Aujourd’hui, tout l’investissement de temps et d’énergie que j’ai consacré à la pratique et à la spiritualité bouddhistes me semble avoir été dépensé en pure perte. Tout cela n’a donné aucun fruit, sinon me couper de Dieu et de mes semblables. Rien de bon ne peut sortir du bouddhisme. Dans l’histoire, le bouddhisme n’a rien produit, et il n’y a jamais eu de société bouddhiste florissante. Le bouddhisme est en revanche très adapté à nos sociétés individualistes, car il rejoint parfaitement nos valeurs d’autonomie, d’immanence, notre quête perpétuelle d’auto-accomplissement et d’autojustification. Rien à voir avec l’accueil de l’Esprit Saint, qui surmonte tous les obstacles et qui ouvre sur la vraie vie, la vie de liberté, d’espérance et de charité, la vraie béatitude, promise et déjà connue.
Le bouddhisme correspondait parfaitement à mes tendances les plus profondes, et à celles de mon époque. Mais aujourd’hui j’y vois une impasse totale, une résurgence moderne de la gnose, et une des pires voies qui s’offrent à l’homme. »

4 commentaires:

  1. Je ne suis pas d'accord avec vous cher Laconique, car il me semble que vous vous trompez d'ennemi : je suis persuadé que les effets délétères de la méditation que vous constatez sont plutôt ceux que l'on retrouve puissance dix avec la lecture pratiquée trop longtemps et trop régulièrement.

    Et vous êtes certainement plus expert que moi en méditation, mais je ne crois pas qu'avec celle-ci "on se concentre uniquement sur ses émotions, on les observe naître, se développer et mourir." Je l'ai toujours envisagée comme le contraire, c'est-à-dire un truc destiné à s'affranchir des émotions et des pensées afin de gagner en sérénité, de se vidanger l'esprit.

    Puis de toute façon, si on se déconnecte trop, si on souffre de "distanciation par rapport à soi-même et aux événements" il y a une solution radicale, qui enfonce le christianisme et vous met direct en prise avec le réel : SORTIR SA BITE !

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  2. Merci pour ce point de vue plein de nuance, cher Marginal. Il est vrai que mon article n’est pas plus nuancé. En fait j’exagère, je le fais souvent, c’est un procédé d’écriture. Je continue à avoir de l’estime pour le bouddhisme. Mais c’est une religion qu’on n’attaque jamais, et qui correspond très bien à certains travers de l’époque actuelle (individualisme, irrationalisme, etc.). Si vous avez le temps, je vous recommande de voir ces deux courtes vidéos du père Joseph-Marie Verlinde sur la méditation. Je m’en suis inspiré pour l’article – remettre en cause la méditation, c’est une chose que je n’aurais jamais imaginée avant de voir ces vidéos :

    https://www.youtube.com/watch?v=6gZY_LFDoBQ

    https://www.youtube.com/watch?v=DnxbBDlhpfY

    Ma foi, je retrouve une nouvelle fois votre aversion pour la lecture. Moi j’aime beaucoup lire. Ce n’est pas anodin. Dieu s’est révélé par sa Parole, et par nul autre moyen. Dès lors il y a dans le langage quelque chose de divin, comme l’avait déjà pressenti Platon.

    Je n’aime pas beaucoup employer le mot « bite » dans mes commentaires et sur mon blog. Il ne correspond pas tout à fait à l’image que je souhaite renvoyer de ma production. Et ce n’est pas si simple. La bite cause beaucoup de troubles à notre époque, comme aux époques précédentes d’ailleurs, comme je me le disais récemment en relisant Bérénice de Jean Racine.

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    1. Hey, cher Laconique, loin de moi l'idée de chercher à vous prendre en défaut, mais il me semble que vous ne vous gênez pas pour employer ici le mot "bite", allant même jusqu'à en faire usage avec une immense délectation, comme le prouve l'un de vos récents articles, dans lequel, si ne m'abuse, vous parlez carrément de "grosse bite" !

      Sinon, je n'éprouve pas vraiment d'"aversion pour la lecture", juste je constate après pratique et analyse qu'elle peut être nuisible : mobilisation d'une grande quantité de temps et d'énergie mentale pouvant être utilisée à des fins plus utiles, fatigue du système nerveux, retranchement du monde et isolement, etc.

      Je crois donc qu'il faut questionner sa pratique, en revenir aux bases, et simplement se demander : la lecture permet-elle actuellement une amélioration de ma vie ?

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    2. Ah oui, je suis un peu taquin, cher Marginal, c’est vrai que j’aime bien glisser des petites blagues dans mes textes par-ci par-là, mais c’est votre influence, n’en doutez pas.

      Vous n’avez peut-être pas tort sur la lecture, et je comprends votre point de vue. Mais je suis un vieil homme maintenant, la lecture fait partie de ma vie, je l’accepte avec ses avantages et ses inconvénients. Et je n’oublie pas que, sans la lecture, sans ma culture, sans Plutarque en particulier, jamais je n’aurais réussi à ne pas voter pour Nicolas Sarkozy en 2007, contre tout mon entourage. Rien que pour ça, je considérerai toujours la lecture comme un immense bienfait dans ma vie. Pour le reste, je suis loin de prétendre à la maîtrise que vous avez sur votre vie : votre corps, votre alimentation, vous maîtrisez tout. Moi je suis un peu plus freestyle… Mais bon, vous chipotez, mais vous êtes quand même vachement cultivé, vous ne trompez personne, on voit bien la finesse derrière la surface de brute.

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