4 juillet 2012

Bossuet, le conformiste radical

     
     
      Je lis depuis quelque temps le Discours sur l’histoire universelle de Bossuet. J’ai de l’estime pour Bossuet. Voilà un homme qui n’a jamais aspiré à avoir une seule idée personnelle de toute sa vie, qui, malgré ses dons évidents, est toujours resté parfaitement soumis à la structure à laquelle il appartenait : l’Église. Dans l’étude qu’il lui consacre, le toujours pertinent et trop oublié Émile Faguet relève avec justesse ce mépris de l’évêque de Meaux pour les « opinions particulières », fruits de l’orgueil et de l’égarement. Pour Bossuet, le monde était simple, et tous ses talents d’orateur devaient servir à propager cette vision du monde, ordonné et immuable.
      Le grand paradoxe de Bossuet, c’est que ce conformiste absolu est devenu, par la simple évolution des mentalités, un auteur complètement sulfureux. Ses propos sur les homosexuels, sur les juifs, sur les protestants, sur une infinité de sujets à la vérité, suffiraient de nos jours à envoyer devant les tribunaux quiconque oserait en proférer ne serait-ce que le dixième. Avec Bossuet nous avons donc, couchées sur le prestigieux papier bible de la pléiade, des formules qui, extraites de leur contexte, sembleraient tout droit issues d’un cerveau ravagé par la haine et la paranoïa. Lire Bossuet, c’est donc lire à la fois le classicisme le plus orthodoxe et la subversion la plus insoutenable. Quels tours malicieux joue le destin, qui émousse au fil du temps les aspérités des artistes les plus provocateurs, et qui transforme l’auteur le plus conformiste de toute notre littérature en pamphlétaire déchaîné et délirant !

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