3 septembre 2010

Voltaire

      Voltaire m’exaspère, et pourtant c’est sans doute mon écrivain français préféré. Je ne me lasse pas de le lire et de le relire, et je reviens toujours à lui. Ce que j’apprécie chez lui, c’est sa concision. Il dit ce qu’il a à dire, emploie toujours le mot juste, et « passe outre », comme dirait Gide. En cela, c’est un vrai classique, ce qui est d’ailleurs conforme à ses propres goûts littéraires, puisqu’il plaçait Racine plus haut que tout. Tant que la langue française existera, l’œuvre de Voltaire en sera l’une des expressions les plus parfaites, à n’en pas douter.
      Quel dommage que cet esprit si clair, cette intelligence si vaste (tout l’intéressait, et en particulier l’histoire des hommes) se montre si souvent mesquin ! Il ne peut pas s’empêcher d’attaquer ses adversaires (pour la plupart des jésuites aujourd’hui totalement oubliés), de s’embarquer dans des controverses mineures sur lesquelles il revient ouvrage après ouvrage. Sa passion pour la polémique envahit tout, sa correspondance, ses traités philosophiques, et même ses contes. Et avec quelle légèreté il envoie valser ce qu’il ne comprend pas, comme la religion… La Bible n’est pour lui qu’un fatras d’incohérences et de monstruosités. Il est resté complètement insensible au charme de La Nouvelle Héloïse, qu’il a attaquée de manière à la fois méchante et puérile. Non, vraiment, j’ai souvent envie de jeter le volume par la fenêtre de dépit lorsque je le lis. Et pourtant, tout cela doit être lié. Un Voltaire nuancé, un Voltaire détaché serait sans doute plus fade et, en définitive, moins bon écrivain.

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