5 décembre 2019

Pulp Fiction a-t-il influencé Stanley Kubrick ?



On le sait, les interviews de Stanley Kubrick sont rares, surtout pour la période qui couvre les dernières années de sa vie. Pourtant, en ce qui concerne l’un des films les plus marquants des années 90, à savoir Pulp Fiction de Quentin Tarantino (1994), on trouve plusieurs mentions, sur le Net, selon lesquelles Stanley Kubrick aurait vu le film et émis une appréciation très positive à son endroit.
Le propos de cet article est de démontrer qu’il n’y a pas seulement eu intérêt de la part de Stanley Kubrick, mais bel et bien influence sur son dernier film, le cultissime Eyes Wide Shut (1999). Pulp Fiction a apporté un souffle nouveau, a revivifié l’inspiration de Kubrick qui n’avait plus réalisé depuis près de dix ans. Dans ce cas, c’est bien l’élève qui a inspiré le maître. Le rapprochement entre ces deux chefs-d’œuvre est rarement fait, il repose pourtant sur une série d’éléments incontestables :
L’usage du mot « fuck ». Stanley Kubrick, dans ses films, avait très rarement utilisé le mot « fuck ». Pulp Fiction est au contraire réputé pour son usage pléthorique du terme et de ses dérivés (« fucking », « motherfucker », « motherfucking », etc.). Or, dans Eyes Wide Shut, le terme « fuck » revient plusieurs fois (« all my fucking future »), et notamment, de façon très appuyée, dans la toute dernière réplique du film : Alice : « There is something very important that we need to do as soon as possible. » Bill : « What’s that ? » Alice : « Fuck ».
La structure cyclique du récit. Pulp Fiction commence et se termine au même endroit, dans une cafétaria. Au cours du film, plusieurs épisodes alternent, s’entrecroisent et reviennent selon une structure symétrique : cafétaria – Jules et Vincent – Butch et Marsellus – Jules et Vincent – cafétaria. On retrouve un découpage similaire dans Eyes Wide Shut, avec plusieurs saynètes qui se réfléchissent autour d’un noyau central : Bill et Alice – Ziegler – errance – orgie – errance – Ziegler – Bill et Alice.
Le caméo. Tarantino joue un petit rôle dans Pulp Fiction (Jimmie). À ma connaissance, Stanley Kubrick n’était jamais apparu directement dans un de ses films. Dans Eyes Wide Shut, on le voit distinctement, au début du film, dans le Sonata café, assis à une table en compagnie d’une femme blonde.
L’overdose. Dans Pulp Fiction, Vincent trouve Mia Wallace étendue sur le sol en train de faire une overdose. Dans Eyes Wide Shut, Bill est appelé par Ziegler pour examiner une jeune femme nue, étendue sur un fauteuil, inconsciente, victime elle aussi d’une overdose (épisode qui n’apparaît pas, il faut le souligner, dans la nouvelle originale de Schnitzler, La Nouvelle rêvée).
Le burlesque. L’épisode dans la boutique du Rainbow est typique du burlesque tarantinesque : Bill tombe sur un personnage excentrique, Milich, qui lui tient des discours en décalage total avec les enjeux de la scène (sur ses problèmes capillaires en l’occurrence). Comme Butch dans Pulp Fiction, Bill s’aperçoit ensuite qu’il est tombé dans un antre dédié à la perversion sexuelle, avec les deux Japonais travestis et la fille de Milich, à moitié nus, dissimulés au fond de la boutique.
Le costard. Les personnages principaux de Kubrick, dans ses films en couleur, ne portent presque jamais de costume cravate. Dans Eyes Wide Shut, Bill porte un costume cravate durant presque tout le film, comme Jules et Vincent dans Pulp Fiction.
Chris Isaak. Chris Isaak figure à la fois dans la bande originale d’Eyes Wide Shut (Baby did a bad bad thing) et dans celle de True Romance, film scénarisé par Tarantino (Two Hearts, au générique de fin).
Harvey Keitel. Harvey Keitel, qui joue le rôle de Wolfe dans Pulp Fiction, devait aussi jouer dans Eyes Wide Shut. Il avait été initialement choisi par Kubrick pour jouer le rôle de Ziegler, mais il a quitté le projet après quelques jours de tournage, excédé par la direction obsessionnellement méticuleuse de ce dernier.
Ce sont là certains éléments factuels, mais il est évident qu’on pourrait en trouver d’autres, surtout dans les dialogues, les décors (les cafés jouent un rôle très important dans les deux films, avec une esthétique similaire). On peut dire que Tarantino a apporté à Kubrick la preuve qu’il était possible de filmer le monde contemporain et que cela pouvait faire un bon film, un vrai film, alors que Kubrick, depuis 2001, l’Odyssée de l’espace, avait toujours évité de se confronter au monde actuel, en situant ses films soit dans le futur (2001, l’Odyssée de l’espace, Orange mécanique), soit dans le passé (Barry Lyndon), soit dans des lieux éloignés et coupés de la civilisation occidentale (Shining, Full Metal Jacket). En cela, il était important de signaler ce que Kubrick et Eyes Wide Shut doivent à Tarantino et à Pulp Fiction, ce qui, à ma connaissance, n’avait pas encore été fait.

21 novembre 2019

Jean-Philippe Toussaint : Faire l'amour



Lu Faire l’amour (2002), de Jean-Philippe Toussaint, sans grand plaisir, je dois le reconnaître. Toute cette littérature me semble très artificielle. On a beau dire, le plus important, dans un roman, c’est la part de vérité qu’il contient. Je lis cette phrase : « Il y avait ceci, maintenant, dans notre amour, que, même si nous continuions à nous faire dans l’ensemble plus de bien que de mal, le peu de mal que nous nous faisions nous était devenu insupportable », et cela me semble juste, je sens l’expérience vécue, parfaitement formulée. Mais pour une telle phrase, combien d’autres m’ont paru fausses, écrites. Celle-ci par exemple : « Rompre, je commençais à m’en rendre compte, c’était plutôt un état qu’une action, un deuil qu’une agonie. » Quand je lis cela, mon attention décroche, je sais que je suis dans un roman, et dans un roman à prétentions littéraires. Ou la dernière phrase du livre : « Il ne restait plus rien, qu’un cratère qui fumait dans la faible lumière du clair de lune, et le sentiment d’avoir été à l’origine de ce désastre infinitésimal. » Finir sur une figure de style, sur un oxymore… Le vrai style doit être invisible, c’est celui de Racine, de Houellebecq dans ses bonnes pages.
Tout cela révèle plus qu’il ne dissimule la vacuité totale du propos. Quand il n’y a pas de vision du monde, alors on se rabat sur le style, sur des détails insignifiants gonflés jusqu’à l’absurde, sur des états d’âme. Je connais ce monde que Toussaint décrit, c’est celui dans lequel j’ai vécu depuis des décennies, celui dans lequel, lorsque toute spiritualité, toute dimension religieuse ont été complètement abolies, deux choses demeurent et surgissent à la surface : la femme et la technologie. La femme et la technologie, tout est là, et dans ma vie je n’ai fréquenté que deux types d’hommes : ceux fascinés par les femmes, ceux fascinés par la technologie. L’essence de notre monde sous sa forme la plus basique, dans sa réalité la plus concrète, la plus aliénante. En cela, Faire l’amour n’est peut-être pas un mauvais roman, car il témoigne avec une singulière pureté, un grand dépouillement, de la fascination pour la femme, impulsive, souffrante et vénéneuse, et pour la modernité, à travers les néons, l’architecture futuriste, le luxe feutré, les multiples babioles de la communication contemporaine. Story of my life. Je ne crois pas que je lirai d’autres romans de cet auteur, du moins pas dans l’immédiat.

7 novembre 2019

L'homme antique et l'homme moderne



Il ne savait comment échapper à cette angoisse.

Fiodor Dostoïevski, Crime et Châtiment

Chacun restait à sa place, situation terriblement humiliante. Ses aspirations, ses peurs, ses angoisses s’épanouirent, se déployèrent, l’engloutirent, lui paralysèrent la langue.

Philip K. Dick, Le Maître du Haut Château

Notre rapport au monde est déterminé par la société au sein de laquelle nous évoluons. La liberté du sujet est infime dans ce domaine. Placé dans telle société, je me sentirai libre, maître de mon avenir et de mon destin. Placé dans telle autre, je me recroquevillerai comme une fleur marine tirée hors de l’océan.
Qu’est-ce que l’homme antique ? C’est avant tout un homme libre. Pas de Dieu au-dessus de sa tête, un régime politique âpre et réaliste, fondé sur la domination des choses et des hommes, et non sur la régulation des émotions populaires. L’homme antique veut être libre, il est conscient de sa valeur, il jette un regard de mépris sur le monde, celui-ci n’est qu’un moyen d’assouvir ses désirs et de déployer l’ensemble de sa nature. L’homme moderne a honte de ses désirs. Alcibiade, l’élève de Socrate, « menait la vie la plus voluptueuse, et affectait le plus grand luxe : il passait les journées entières dans la débauche et dans les plaisirs les plus criminels ; il s'habillait d'une manière efféminée, paraissait dans la place publique traînant de longs manteaux de pourpre, et se livrait aux plus folles dépenses » (Plutarque, Vie d’Alcibiade, 16). L’homme moderne ne conçoit même plus la notion de noblesse. Il est assoiffé de plaisirs et de jouissance, mais il se cache, il rabaisse les aspirations de son cœur à la mesquinerie des plaisirs que la société veut bien lui allouer. L’homme antique était habité par la flamme de l’idéal, les jouissances mesquines ne l’intéressaient pas, à l’image d’Alexandre, qui, maître du monde, ne pensait qu’à se battre, dont le corps était couvert de cicatrices, qui admirait Homère, qui était chaste, fidèle à ses épouses légitimes et à son amant Héphaistion, et dont Plutarque nous dit : « Il fit connaître dès son enfance qu'il serait tempérant dans les plaisirs ; impétueux et ardent pour tout le reste, il était peu sensible aux voluptés et n'en usait qu'avec modération : au contraire, l'amour de la gloire éclatait déjà en lui avec une force et une élévation de sentiments bien supérieures à son âge » (Vie d’Alexandre, 6). L’homme antique ne se conforme pas à des notions prédéfinies du bien et du mal. Il est lui-même la mesure du bien et du mal.
Maintenant, qu’est-ce que l’homme moderne ? Sortons dans les rues d’une grande ville et examinons nos sentiments, notre ressenti. L’homme antique paradait sur le forum, à moitié nu, et son cœur se gonflait à la vue des temples scintillants, des autels fumant de la graisse des sacrifices, des parois de marbre recouvertes des dépouilles des armées vaincues. L’homme moderne se faufile piteusement entre des ombres, sur du goudron, dans le vacarme des voitures et des mobylettes. Pour analyser le ressenti de l’homme moderne, rien n’est plus éclairant que d’étudier l’œuvre de deux des plus grands romanciers de notre âge : Fiodor Dostoïevski et Philip K. Dick. Les personnages de Dostoïevski, de Dick, sont écrasés par leur environnement. Loin d’imprimer leur marque à leur entourage, ils sont complètement soumis à leurs émotions, hypersensibles, paranoïaques, épileptiques, etc. Ce sont des petits fonctionnaires, enfermés dans un environnement mesquin, en butte à l’hostilité de leurs supérieurs, à l’agressivité de leurs compagnes, à des soucis insolubles d’argent, de famille, de santé, etc. Le monde dans lequel ils vivent les rend fous, les fait basculer dans le délire, dans le crime.
Je lis beaucoup d’auteurs sur internet. À les en croire, notre société est en proie à un malaise généralisé, sur le point de basculer dans une révolte violente et légitime. Deux coupables : Emmanuel Macron et l’Union Européenne. Mais notre mal ne date pas d’hier. Je crois qu’il est même possible de déterminer assez précisément le point de basculement. Je me souviens que Roland Barthes avait intitulé une étude sur Voltaire : « Le dernier des écrivains heureux ». On connaît la phrase de Talleyrand : « Qui n'a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c'est que le plaisir de vivre. » La génération où tout bascule, c’est la génération qui naît vers 1820. Par une étrange coïncidence, Dostoïevski, Flaubert et Baudelaire sont tous trois nés la même année, en 1821. On trouve chez tous les trois, à des degrés divers et selon les formes d’expression qui leur sont propres, un même rejet viscéral pour la société industrielle naissante, issue des ruines de l’Ancien Régime. En art, ils ont été les fossoyeurs du romantisme. Les premiers, ils ont compris que le monde avait changé, qu’un ver s’était glissé dans le fruit, que quelque chose de suspect couvait dorénavant sous la surface des bonnes mœurs et des bonnes manières. Un spectre hante le monde moderne. Tous sont atteints, nul n’est épargné. La candeur et la virilité de l’homme antique nous sont devenues aussi inaccessibles que les palais engloutis de l’Atlantide, et nous n’avons même plus la grandeur d’âme nécessaire pour les regretter.

24 octobre 2019

Ronald Reagan, Mohamed Ali et la fin de vie



Champions aren't made in gyms. Champions are made from something they have deep inside them – a desire, a dream, a vision.

Mohamed Ali

The future doesn't belong to the faint-hearted ; it belongs to the brave.

Ronald Reagan

Je discutais l’autre jour avec un vieil ami.
« Je ne comprends pas, lui dis-je, que l’on puisse accepter de mener une vie diminuée. Le jour où je ne pourrai plus communiquer avec mes proches, où je devrai cesser de faire tout ce qui compte pour moi dans la vie : rire, parler, lire, me promener librement – ce jour-là, à quoi bon continuer de vivre ? Je ne veux pas finir comme un légume. »
Mon ami soupira, garda le silence pendant un long moment, puis il me dit doucement :
« Ce n’est pas la première fois que j’entends ce genre de discours. Laisse-moi te parler de deux hommes – et même trois – qui ont beaucoup compté au vingtième siècle, qui ont vraiment marqué leur temps et changé le monde.
Tu as peut-être entendu parler de Ronald Reagan. Il a un bilan extraordinaire, dans tous les domaines. Un charisme rare et une volonté de fer. C’est le seul président des États-Unis après la Seconde Guerre mondiale qui a fait deux mandats et qui a transmis le pouvoir à son vice-président. « Not bad. Not bad at all », a-t-il commenté lors de son allocution de départ. On lui a tiré dessus en 1981, il a survécu. Il a redonné confiance à l’Amérique après plusieurs décennies noires : l’assassinat de Kennedy, la démission de Nixon, la défaite de Carter, etc. Il a insufflé un souffle d’optimisme et de volonté qui a nourri les films d’action culte de cette décennie : Rambo II, Rocky III, les films de Schwarzenegger, etc. C’était le plus vieux président des États-Unis jamais élu, et il avait soixante-dix-sept ans quand il a quitté le pouvoir, en 1989.
En 1994, on lui a diagnostiqué la maladie d’Alzheimer. Il écrit alors une lettre très simple au peuple américain, puis il cesse toute apparition publique. De fait, il avait eu quelques absences depuis un certain temps déjà, paraît-il.
À la fin sa vie, Ronald Reagan reconnaissait-il ses proches ? Il paraît que non. Il est mort à un âge très avancé, à quatre-vingt-treize ans, le 5 juin 2004.
Laisse-moi maintenant te parler de Mohamed Ali. C’était un boxeur du vingtième siècle. Il était même un peu plus que cela, à la vérité. C’était une véritable légende, qui a été élu « sportif du siècle » par plusieurs magazines spécialisés, et qui a largement transcendé son domaine d’origine. Il a refusé de participer à la guerre du Vietnam, ce qui lui vaudra de passer en justice. C’était un caractère fier, inflexible, connu pour son orgueil démesuré et ses outrances verbales. Il a laissé une trace indélébile, dans son sport et bien au-delà.
En 1984, on lui diagnostique la maladie de Parkinson. En 1996, il est le dernier porteur de la flamme aux Jeux Olympiques d’Atlanta. Ces images sont entrées dans l’Histoire. On le voit avancer d’une démarche rigide, l’œil fixe, la main tremblante, le visage figé. Tout le contraire de l’homme plein de vivacité que l’on connaissait jusqu’alors. Pendant des années, il continuera d’apparaître et de s’engager, notamment en faveur de la lutte contre la maladie de Parkinson. Il vivra pendant trente-deux années avec cette maladie, et il est mort le 3 juin 2016, à soixante-quatorze ans, vingt ans après les Jeux d’Atlanta.
Ronald Reagan et Mohamed Ali ont-ils vécu leurs dernières années en vain ? Aurait-il fallu accélérer leur fin de vie, sous prétexte qu’ils ne pouvaient plus communiquer de la même manière avec leurs proches ? Ce qu’il faut noter, c’est que l’un comme l’autre n’ont jamais placé l’intelligence ou les capacités de communication au premier plan de leurs valeurs, mais bien le courage, ce courage incroyable qui leur a permis de surmonter des épreuves terribles et d’être une source d’inspiration pour les âges futurs. Pour eux, qui avaient tout connu, qui avaient atteint les sommets, la vie gardait un sens, même après la perte de leurs capacités relationnelles ou cognitives, et ce pendant des années, des décennies. L’un et l’autre étaient très croyants, et la Bible ne fait jamais l’éloge de l’intelligence ou du charisme, mais du « cœur », cette faculté plus profonde, intérieure, d’où « jaillit la vie » (Pr, 4, 23).
Tu me dis que tu ne veux pas finir comme un légume. Laisse-moi te lire quelques lignes de l’encyclique Evangelium vitæ de Jean-Paul II, publiée en 1995 : « Il faut évoquer la logique qui tend à identifier la dignité personnelle avec la capacité de communication verbale explicite et, en tout cas, dont on fait l’expérience. Il est clair qu’avec de tels présupposés il n’y a pas de place dans le monde pour l’être qui, comme celui qui doit naître ou celui qui va mourir, est un sujet de faible constitution, qui semble totalement à la merci d’autres personnes, radicalement dépendant d’elles, et qui ne peut communiquer que par le langage muet d’une profonde symbiose de nature affective » (19).
Jean-Paul II était lui-même très diminué pendant de longues années, à la fin de sa vie. Tout le monde se souvient de ces images où on le voit courbé, presque incapable de se mouvoir, de s’exprimer. Il a pourtant continué son apostolat jusqu’au bout, et a publié une dernière encyclique en 2003, deux ans avant sa mort, Ecclesia de Eucharistia, dont les dernières lignes font précisément appel au cœur, contre l’intelligence : « Si, face à ce mystère, la raison éprouve ses limites, le cœur, illuminé par la grâce de l’Esprit Saint, comprend bien quelle doit être son attitude, s’abîmant dans l’adoration et dans un amour sans limites » (62).
Peut-être que mon intelligence s’éteindra. Peut-être que je ne pourrai plus communiquer avec mes proches. Mais je connais mon cœur. Et tant que mon cœur battra, tant qu’il me prêtera un souffle de vie, j’estime que celle-ci aura un sens. »

10 octobre 2019

Réminiscence



Je suis fatigué quand le soir
Je range mes vêtements dans l’armoire
Après toute une journée de travail
Toute une journée dans la grisaille.

Mais je sais
Que je suis
Autre chose.

J’ai pas envie de m’lever le matin
De m’lever pour aller au turbin
Et me faire engueuler par je ne sais quelle emmerdeuse
Parce qu’y a plus de papier dans la photocopieuse.

Mais je sais
Que je suis
Autre chose.

Tous les jours sur la route y a des embouteillages
Ça contribue aussi à renforcer mon surmenage
Le docteur me l’a dit faut qu’je prenne mes cachets
Et que j’me couche plus tôt au lieu de regarder la télé.

Mais je sais
Que je suis
Autre chose.

Pendant les vacances je reste à la maison
J’suis tout seul j’écoute des chansons
Les autres y partent avec leurs copines
Et moi je pleure en mangeant des sardines.

Mais je sais
Que je suis
Autre chose

Et je sens s’apaiser ma souffrance
Sous le souffle d’une douce réminiscence :

Je suis le Prince noir d’une terre sanglante,
Fils d’Antys, fils d’Omer, fils d’Anaxymaranthe,
Seigneur des Hauts Plateaux et Grand Duc d’Amarud,
Et lorsque sur le dos de ma jument Otrud
Je conduis au combat d’une allure souveraine
Mes trois cents légions vers la nordique plaine
Je sens les vents de l’aube embrasser mes cheveux
Et dans l’éther enfler la jalousie des dieux.