13 septembre 2010

Le nouveau Houellebecq

      J’ai donc commencé le nouveau Houellebecq, La Carte et le territoire, et je suis atterré par l’unanimité critique autour de ce roman. Oui, Houellebecq est le plus grand écrivain français vivant, et de loin. Mais son dernier roman, que l’on présente comme son meilleur, comme un chef-d’œuvre de la littérature mondiale, est bien moins bon que les précédents. Houellebecq ne s’intéresse plus à la société, et tandis que l’on trouvait auparavant dans ses ouvrages des thèses très aiguës sur la mal-être contemporain, il ne décrit plus à présent que les errances apathiques d’artistes millionnaires, entourés d’écrivains people et d’attachées de presse. On sentait déjà cette inflexion dans son précédent roman, La Possibilité d’une île : il y était beaucoup question de voitures de luxe, de villas somptueuses, etc.
       Certes, Michel Houellebecq reste un très bon écrivain, souvent très drôle (par exemple lorsqu’il parle de lui-même). Son écriture, à la fois impersonnelle et toujours à la limite de l’ironie, possède un timbre unique dans notre littérature, malgré un certain relâchement perceptible à l’allongement des phrases. Mais il se dégage de La Carte et le territoire une terrible impression de vacuité, de gratuité, d’ineptie même parfois, qui appellent à modérer largement le jugement que l’on peut porter sur cette œuvre.
       D’où vient cette unanimité dans la louange de la part de la critique alors ? Tout d’abord, la critique est versatile, et après le bide de son film, elle était davantage disposée à se montrer positive. Mais, surtout, ce qui lui a donné cette impression de « chef-d’œuvre », c’est que, pour la première fois, Houellebecq a écrit un livre sans réelle nécessité intérieure. Il est plus ou moins heureux maintenant, et aurait pu écrire sans effort quelque chose de tout à fait différent. C’est précisément cette gratuité, qui, pour la critique, est le propre du littéraire, et qui, associée à l’application habituelle de Houellebecq, lui a semblé être la marque d’un grand livre. Houellebecq était inclassable, maintenant il rentre dans les clous, il rassure. Pauvre critique, aveugle au déclin d’un style, et sensible seulement à des formes de beauté qui ne choquent pas trop son conformisme…

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