- Lionel Jospin : d'un strict point de vue politique, sans doute le plus grand homme politique que j'ai connu de mon vivant. Mais aucune ouverture sur la spiritualité, sur la transcendance, sur l'art, sur la littérature. C'est peut-être par opposition à cela que je me suis jeté à corps perdu dans la lecture. (Pour moi tout s'est joué dans ces années-là, 1997-2002.) Et, par réaction face à cette intégrité efficace et sans failles, mais également sans frisson : l'hyper-affectivité malhonnête et ruineuse de Sarkozy. Sarkozy est en tout l'inverse de Jospin, il est la réaction à la probité étouffante et ennuyeuse de Jospin.
- Ce qui n'est jamais dit sur Trump : Trump n'est pas fou, il obéit simplement à la logique du paradigme émotionnel actuel. Il est significatif de constater que Trump agit en tout comme il est prescrit sur les sites de séduction : valorisation de l'apparence, de l'argent, du bling-bling, anti-intellectualisme, limitation exclusive à la sphère concrète, caractère imprévisible, un peu inquiétant. Qu'y a-t-il de pire avec une femme ? Être constant, prévisible, et surtout être gouverné par des principes abstraits, intangibles. En un mot être droit, comme l'était Biden. Le repoussoir absolu, dans le paradigme de la séduction, c'est le « nice guy ». À notre époque, le rapport à la femme tient à la fois du cirque et du dressage, et Trump a intériorisé cela au profond de lui-même dans son rapport aux médias. Entre être inconséquent et être ennuyeux, il a vite choisi. Ce à quoi nous assistons en ce moment (et ce n'est pas fini) n'est donc, dans son essence profonde, pas autre chose que ceci : la transposition sur le plan géopolitique du chaos émotionnel exigé par les femmes dans les relations sentimentales.
- Saint Thomas d'Aquin représente la plénitude de Ia vision béatifique, Kant représente la clôture de la raison enfermée sur elle-même. Pourtant Kant a engendré une multitude de penseurs originaux, tandis que Thomas d'Aquin n'a finalement engendré que des épigones. Mais quand on y réfléchit ce n'est pas si surprenant : c'est lorsque l'on ressent un vide intérieur que l'on est amené à agir, à penser, à sortir de soi-même, tandis que dans un état de plénitude que faire sinon contempler encore et encore la source de cette béatitude ?
- Ce ne sont pas les écrivains qui sont réactionnaires, c'est le langage qui se révolte spontanément contre le monde moderne. Chez tous les auteurs modernes, on constate une haine de la société moderne : chez Baudelaire, Dostoïevski, Nietzsche, Kafka, Lovecraft, Evola, Beckett, Cioran, etc. La liste est littéralement infinie. Mais les écrivains ne sont que les interprètes d'une puissance qui les dépasse : le Langage, la Parole. Et leur haine à l'égard du monde moderne n'est que le reflet inversé de la haine et du mépris que le monde moderne éprouve à l'égard du langage. À travers eux, c'est le langage qui parle, et leurs écrits ne font qu'exprimer ce qu'est le monde moderne pour le langage (et pour ceux qui s'y vouent) : un désert, un enfer.
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