11 janvier 2012

La chose la plus difficile du monde

      Bukowski a écrit quelque part que rien au monde n’était aussi difficile qu’écrire. Certains auteurs, d’après des témoignages dignes de confiance, sont pris de crampes d’estomac lorsqu’ils sont devant leur page blanche, d’autres vomissent. Flaubert en pleurait de rage, Mallarmé en perdait le sommeil. Je veux bien le croire. Il y a tant de paramètres à respecter lorsque l’on veut écrire correctement, l’articulation entre le message que l’on veut exprimer et le vocabulaire dont on dispose est si problématique, les impératifs d’élégance stylistique qui s’ajoutent à cela sont si contraignants, qu’écrire est un véritable déchirement. On est toujours obligé de sacrifier une grande partie de ce que l’on a en tête pour arriver à produire un texte lisible. Un vrai travail de galérien !

6 janvier 2012

Philosophie et bavardage

      Je lis les Entretiens d’Epictète et je suis frappé par la loquacité de ce fameux philosophe, qui contraste avec le côté lapidaire du Manuel. Je croyais les stoïciens plus économes de leurs paroles ! Mais ce goût pour le langage est une constante chez les philosophes grecs, et Diogène Laërce nous apprend par exemple que Platon et Pyrrhon étaient également réputés pour leur abondance verbale. Une seule exception semble-t-il, Zénon, fondateur du stoïcisme, qui avait coutume de dire : « Nous avons deux oreilles et seulement une bouche, parce que nous devons plus écouter que parler. » Encore Zénon venait-il de la périphérie du monde grec, ceci expliquant sans doute cela. Cette passion pour le discours est vraiment une spécificité grecque, car la plupart des autres traditions spirituelles prônent, avec raison d’ailleurs, le silence. C’est peut-être là aussi ce qui a entraîné la chute finale de la Grèce, vaincue par Rome sur le plan politique, par le christianisme sur le plan spirituel. C’est ainsi : le discours amène la division, et la division l’effondrement. Pour reprendre les termes de la Bible (Proverbes, 13, 3) : « Qui ouvre grand ses lèvres se perd. »

4 janvier 2012

La dimension ludique de Platon

      Je crois qu’on passe à côté d’une dimension primordiale de l’œuvre de Platon si l’on ne voit pas qu’à partir d’un certain âge il écrivait ses dialogues en partie pour s’amuser. On a pu soutenir que certains dialogues, le Parménide en particulier, reflétaient une crise intellectuelle de Platon, qui en serait venu à douter de sa propre théorie des Idées. A mon avis il n’en est rien. Je crois plutôt que Platon avait délivré l’essentiel de son message dans la République et le Phédon, et qu’ensuite, comme il l’écrit lui-même dans le Phèdre, il a consacré sa vieillesse à un divertissement plus noble que le vin et les banquets, à savoir l’écriture. D’où la dimension aporétique et très abstraite de ses derniers dialogues : il s’agit d’une gymnastique intellectuelle. En outre, je crois déceler chez le vieux Platon une certaine répugnance à confier ses pensées les plus précieuses à l’écrit. A quoi bon exposer à la critique et aux railleries des imbéciles ses convictions métaphysiques ? Certaines choses ne doivent pas être exprimées, on rencontre cela dans toutes les traditions spirituelles. Dès lors, autant s’amuser et décrire l’Atlantide comme dans le Critias ou la configuration matérielle de l’univers comme dans le Timée…

1 janvier 2012

L'année sacrée

      2012 ! Nous y sommes ! L’année miraculeuse est arrivée. Après cinq années de cauchemar, le rétablissement de la Justice est enfin en vue. Il y aura des soubresauts, des difficultés sans doute, et beaucoup d’angoisses, mais, au final, François Bayrou sera élu et les choses se remettront enfin à l’endroit. Des temps mémorables approchent, sachons nous montrer à leur hauteur et savourons le spectacle toujours bouleversant du triomphe du Bien.

31 décembre 2011

Un Tueur sur la route

      Terminé Un Tueur sur la route (Silent terror) de James Ellroy. C’est le premier Ellroy que je lis. Assez ennuyeux en fin de compte. Les passages objectifs (articles de journaux, rapports de police, etc.) sont bien meilleurs que les passages où le tueur tente de rendre compte de ses névroses. Je crois d’ailleurs que c’est dans cette direction quasi documentaire qu’Ellroy s’est engagé pour ses romans suivants.