Je vois peu de siècles qui présentent une uniformité idéologique aussi forte que le dix-huitième siècle. Tous ces fameux philosophes des Lumières passaient leur temps à se chamailler, mais au fond ils pensaient tous la même chose. Ils étaient convaincus que la nature était bonne, que le bonheur était la finalité de l’existence, que les sens ne nous trompaient pas, etc. Même un isolé comme Rousseau, même le subtil Laclos s’inscrivent complètement dans le champ idéologique de leur époque. L’idée du péché originel, du vice et des misères inhérents à toute société humaine leur est absolument étrangère. Je force un peu le trait sans doute, mais une certaine candeur un peu niaise constitue vraiment le fond de toute cette littérature. Or l’on n’est jamais niais impunément, et il n’est pas surprenant que tout cela ait débouché sur Sade et sur les orages de l’histoire.
20 mai 2012
10 mai 2012
Bilan d'un quinquennat
La vie est le mode de réalisation de la grandeur. La liberté de l’homme est infinie, elle triomphe de la matière et donne le jour à des réalisations d’une splendeur inouïe. Toutefois, puisqu’une période infecte s’achève (s’achève-t-elle pour toujours ?), parlons une dernière fois de ces choses viles. Puis, qu’il nous soit permis de n’en reparler jamais.
Une période infecte s’achève. L’air devient plus respirable, de nouvelles possibilités s’offrent aux cœurs purs. Malheureusement, toute la vérité n’a pas encore éclaté sur les forfaits perpétrés au cours de ces dix années. L’homme dont on ne doit pas prononcer le nom sort sans encombre ni infamie de ses fonctions. Il sera bientôt regretté. Sans doute n’a-t-il pas eu l’occasion d’épuiser toutes les réserves de bassesse qui gisent au fond de lui, et ces réserves, un jour ou l’autre, se manifesteront inéluctablement, au détriment d’autres personnes.
Par ailleurs, durant cinq ans, de nombreux germes de soumission et de lâcheté ont été semés dans le cœur des citoyens, notamment des plus jeunes. Tôt ou tard, ces germes produiront leurs fruits. Soufflons donc, respirons, mais ne nous leurrons pas : la paix actuelle n’est que la matrice de combats futurs.
1 mai 2012
Eloge de Ronald Reagan
Je pense souvent à Ronald Reagan. Il est une sorte de modèle pour moi, avec d’autres. C’est une personnalité simple et droite, comme Robocop, Rambo et tant d’autres héros de cinéma qui ont vu le jour sous sa présidence et qu’il a directement inspirés. Un homme solitaire, qui n’avait aucun ami d’après ses biographes, qui ne lisait pas beaucoup de livres hormis la Bible, qui n’avait peur de rien ni de personne et a donné du courage à tout un peuple. En y réfléchissant, je vois peu de figures aussi nobles dans l’histoire contemporaine. Puisse sa popularité, aujourd’hui immense parmi le peuple américain, traverser les âges, et puisse-t-il servir d’exemple pour lutter contre les océans de médiocrité et de lâcheté qui gisent dans le cœur des hommes !
29 avril 2012
Homère et l'identification
Je lis l’Iliade d’Homère dans l’excellente traduction de Robert Flacelière. Ce poème a la réputation d’être ennuyeux (telle était par exemple l’opinion de Paul Valéry). Et, malheureusement, force est de constater que cette réputation n’est pas totalement infondée. On se lasse un peu devant cette succession de combats, de massacres. La cause de cette lassitude provient, à mon avis, de la difficulté que l’on éprouve à s’identifier aux personnages. Achille, Agamemnon, Ajax, Diomède, Hector sont des surhommes, des demi-dieux, et c’est cette grandeur, cet héroïsme qui plaisaient aux Grecs de l’époque archaïque. Mais, pour un lecteur moderne, passé le charme de la découverte, cette atmosphère devient vite monotone, répétitive, pour tout dire étouffante. C’est au contraire ce qui fait tout l’attrait des pièces de Racine, par exemple, que la facilité avec laquelle on s’identifie à ses personnages, si ombrageux, inconstants, excessifs dans le bon et surtout dans le mauvais. Les personnages de Corneille paraissent toujours pontifier en comparaison. On peut le déplorer, mais l’âge des héros semble bel et bien derrière nous, et la vocation de la littérature n’est plus de susciter l’émulation, mais de démasquer nos faiblesses et nos vices.
20 avril 2012
L'ordre intérieur
Quand le désordre s’étend à l’extérieur, travaillons à cultiver l’ordre en nous. Devant le cauchemar qui se prépare en France, généré par l’indicible naïveté des Français (pour ne pas employer un mot plus fort), le seul recours est d’épurer son univers mental, de tendre toujours davantage vers la simplicité et l’unité. Voilà pourquoi je me recentre depuis quelque temps sur les bases de notre culture et de notre civilisation : la Bible, Homère, Racine. Le choc arrivera bientôt, les yeux s’ouvriront, et en attendant ce moment il vaut mieux ne pas se disperser. Plus tard, lorsque François Bayrou gouvernera, l’horizon s’éclaircira et la variété pourra de nouveau s’épanouir sur des bases raffermies.
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