
- François Bayrou, Alerte sur la France qui vient : Toute supériorité est comme diminuée, voire annulée, dès que celui qui en bénéficie en prend conscience : Bayrou conscient de sa lucidité, de son caractère et de son intelligence ; Cristiano Ronaldo conscient de son statut, etc. D'où le précepte de l'Évangile : « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite. »
- Ce qui manque à Bayrou, c'est une certaine élégance naturelle, gidienne. Chez lui tout est volontaire, obtenu, un peu heurté. Bon sens paysan, plébéien. (Influence de Péguy sans doute).
- Nous vivons une époque au cours de laquelle le langage ne veut plus rien dire. C'est flagrant chez les jeunes. Ils oscillent perpétuellement entre frustration, ennui, stimulations sensorielles et émotionnelles, etc. Leur conception de la vie est purement sensible, expérimentale. Les connaissances abstraites, historiques, n'y ont aucune place. Le territoire est encore là, mais la carte a complètement disparu.
- Quels sont les sujets de préoccupation des gens, de tout le monde ? La famille, l'argent, le lendemain. Or c'est précisément de tout ceci que le Nouveau Testament nous prescrit de ne pas nous préoccuper.
- Artiste chrétien : Il est très difficile d'être à la fois chrétien et artiste. Le christianisme, comme la création, sont des tendances exclusives : l'un et l'autre requièrent un engagement total, une adhésion complète. Le fleuve de l'activité humaine doit être uni, il ne peut pas être partagé, sinon il perd sa signification et sa raison d'être. C'est de toute façon la tendance foncière de l'homme de se livrer à une passion unique, à un seul objectif. D'où le petit nombre de grands artistes chrétiens : il n'y a pas de Lovecraft chrétien, pas de Wagner chrétien par exemple. Les univers de Lovecraft et de Wagner sont fascinants précisément parce qu'ils sont aussi antichrétiens qu'on peut l'imaginer. Il y a Dostoïevski, mais toute son œuvre porte précisément la marque de la division, de la diffraction entre tendances inconciliables. Il reflète cette fracture que tout chrétien porte nécessairement en lui dans son rapport avec le monde. (D'un point de vue biblique, il est à remarquer toutefois que le Dieu de la Bible nous demande d'être créateurs à son image : il nous enjoint de « porter du fruit ». Mais il s'agit justement d'œuvrer dans le domaine de la Parole, du Royaume, dans le domaine circonscrit du Père, ce qui semble s'opposer à la poursuite de l'élaboration d'une œuvre parallèle, adventice, surnuméraire, comme paraît l'être dans cette perspective l'œuvre profane.)
- Utilité des humanités classiques : Si la catastrophe de 2007 a causé un tel sentiment d'horreur chez moi, c'est avant tout parce que je venais de passer trois ans à lire Plutarque. C'est là que l'on mesure, malgré tout, la pérennité de l'enseignement de ces humanités classiques : toutes les catégories platoniciennes employées par Plutarque (à commencer par la vérité, mais aussi la tempérance, la justice, etc.) ont été systématiquement violées en 2007, et si si peu de personnes s'en sont rendu compte, c'est parce que ce paradigme leur était complètement étranger, parce qu'elles n'avaient jamais ouvert Platon de leur vie, parce qu'elles baignaient dans cet univers télévisuel et émotionnel qui seul a rendu cette élection possible.
"petit nombre de grands artistes chrétiens." => De grands artistes peut-être, mais de bons artistes, il y a : pensons aux bâtisseurs des cathédrales ! Il est vrai que la distinction entre artistes et artisans n'existait pas dans les mentalités d'avant la Renaissance. Mais on peut quand même considérer le résultat comme des œuvres d'art, des œuvres destinés à la contemplation, et non des objets utilitaires et fonctionnels.
RépondreSupprimerUn univers peut être tout à fait beau et fascinant et plus ou moins influencé par des éléments chrétiens:celui de Tolkien par exemple.
Baudelaire aussi est chrétien, même si on pourrait débattre de l'ampleur que ça peut avoir sur sa poésie. Très grand poète en tout cas, probablement le plus grand poète français.
Hé, cher Johnathan Razorback, cela fait deux fois que je poste un commentaire à votre article sur le BDSM lesbien, et deux fois qu’il est censuré dans les cinq minutes qui suivent. J’ai relu le commentaire, il est critique (comme vous l’êtes souvent), mais il n’y a rien de répréhensible, aucune invective personnelle. D’où mon incompréhension… Il me semble qu’Internet, et les blogs en particulier, devraient être des espaces de liberté, sinon totale, du moins très étendue. Si je n’ai pas d’explication sur cette censure, je ne suis pas rancunier, mais vous comprendrez que je ne pourrai plus jamais poster le moindre commentaire sur ce site qu’est L’Élan prométhéen.
SupprimerIl est vrai que le christianisme a inspiré nombre de peintres, de graveurs, d’architectes. Mais qui justement œuvraient dans le domaine de leur foi, il n’y avait pas de leur part création d’un univers parallèle, comme cela a pu être le cas pour Tolkien. En fait je visais surtout les grands écrivains-artistes de la fin du dix-neuvième, Flaubert, Mallarmé, Proust, pour lesquels la création était un substitut de la foi qu’ils n’avaient pas, et qui chargeaient leurs œuvres de tout le potentiel de ferveur qui ne pouvait guère chez eux s’exprimer autrement. Le cas de Baudelaire est intéressant : il a pu créer précisément dans la mesure où ses écrits reniaient la foi chrétienne, étaient chargés d’une portée blasphématoire, comme on le voit dans le titre même des Fleurs du Mal, ou dans le poème intitulé « les Litanies de Satan », lequel contient ces vers : « Gloire et louange à toi, Satan, dans les hauteurs / Du Ciel, où tu régnas, et dans les profondeurs / De l’Enfer, où, vaincu, tu rêves en silence ! », etc. Pour avoir de la poésie vraiment chrétienne de la même époque, il faudrait citer Sagesse de Verlaine, magnifique recueil certes, mais justement, pour le consensus littéraire, pour la postérité, Sagesse ne vaut pas Les Fleurs du Mal !
Bonsoir Laconique. Je n'ai jamais censuré de commentaires, pour autant que je m'en souvienne. Je ne suis même pas sûr de savoir comment faire. J'ai coché l'option "non-spam" et normalement votre message est visible. Je ne sais pas pourquoi le site l'a bloqué.
SupprimerPéguy et Brasillach considéraient aussi Corneille comme un grand poète chrétien, mais si c'est vrai, ça ne doit l'être que d'une partie de son œuvre. Le Cid est bien peu chrétien comme pièce.
Merci pour la publication du commentaire.
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