Dans la soirée du samedi 5 septembre 2026, saisi d’une intolérable angoisse à la pensée de la situation politique du pays, je sortis précipitamment de chez moi. J’errai longtemps dans les rues de la ville. Je perdis tous mes repères, et je finis par ne plus du tout savoir où je me trouvais. Dans un état d’égarement complet, je marchai, marchai, et les reflets des néons des vitrines se succédaient devant moi dans les flaques du trottoir. Peu après minuit, je levai la tête et je vis que je me trouvais dans le quartier chinois. Je déambulais tristement, sans but, sous les lampions luminescents. Au croisement d’une rue étroite, mon regard fut arrêté par une vitrine modeste : « Yi Jing. Oracles », y lisait-on sous d’indéchiffrables idéogrammes chinois. J’entrai craintivement, et je fus accueilli par un vieux mandarin à la mine patibulaire. « Que voulez-vous ? » me demanda-t-il. « L’incertitude politique actuelle m’empêche de dormir, lui dis-je. Je souhaite connaître l’avenir du pays. » Il m’examina un long moment en silence, puis me demanda mon nom. Après un nouveau silence : « Suivez-moi », finit-il par me dire.
Je le suivis au fond de la boutique obscure, derrière un rideau de perles, à travers les bocaux et les sacs d’épices. Nous nous assîmes de part et d’autre d’une vieille table ornée de motifs chinois, sur laquelle se trouvait un gigantesque exemplaire du I Ching, aux pages maculées de moisissure. Le vieil homme sortit d’une bourse trois pièces trouées et effectua le premier tirage. Il traça un long trait sur une feuille et murmura : « Yang, stable ». Il effectua un second tirage, traça deux traits brefs sur sa feuille et murmura : « Yin, mutant ». Il renouvela l’opération six fois en tout, puis consulta son exemplaire du I Ching d’un air impénétrable. Il prit ensuite une poignée de poudre verdâtre dans un sac et la jeta dans le feu de la cheminée. Une fumée épaisse s’éleva en volutes odorantes. Il prit une large écaille de tortue sur une étagère et la plaça au-dessus de la fumée. Il la retira au bout d’un moment et examina attentivement les traces noirâtres dessinées à sa surface. Il traça des signes sur sa feuille et consulta à nouveau le I Ching.
Au bout d’un long moment, il leva la tête vers moi et prononça les paroles suivantes d’une voix tremblante :
« Ténèbres ! Ténèbres ! Peur ! Peur ! Angoisse ! Quel tunnel de terreur s’ouvre devant notre pays ! Les gens auront peur, les gens mourront de peur ! À la fin, pourtant, l’ordre reviendra, le pays retrouvera la Voie. Une femme gouvernera. Je ne connais pas son nom. Ce sera une femme d’expérience, d'une grande sagesse. Elle viendra du sud, du sud-ouest. Ce sera une femme de gauche, d’une grande rectitude morale, proche du peuple. Elle aura un nom royal. Elle rendonnera espoir à la nation, et la dotera enfin d’une direction viable. Les démons apportés par l’homme de Hongrie seront exorcisés. Tout sera renouvelé. Il m’est impossible de voir au-delà. » Il se tut un instant, puis : « Allez-vous-en maintenant. Sortez. »
Le cœur rempli de frayeur, je sortis dans la nuit noire, tandis que les grondements du tonnerre se faisaient entendre à travers le rideau des nuages.
Excusez-moi, cher Laconique, je ne veux pas vous contrarier, vous retranscrivez certes à merveille votre nuit d'angoisse et vos pérégrinations nocturnes, mais je pense que ce vieux chinois est tout simplement un putain d'escroc !
RépondreSupprimerVous me faites marrer, cher Marginal ! Qui sait ? Apparemment il avait plutôt vu juste la première fois.
SupprimerBof, il s'est surtout complètement trompé concernant "le paysan", qui est définitivement cramé d'ailleurs, alors maintenant il se rabat sur autre chose... La prochaine fois demandez-lui donc plutôt s'il aurait pas un mogwai à vendre.
SupprimerJe vois que j'ai affaire à un cinéphile, cher Marginal... Non non, il n'y a aucun opportunisme dans cette prophétie. Si vous avez trouvé le nom de la femme en question, vous pouvez le taper dans la barre de recherche en haut à gauche. Vous verrez que j'en parle ici depuis la première année du blog, depuis 2010. Sur ce site, il y a seulement deux personnalités politiques admirées, et une détestée, et cela n'a pas changé depuis seize ans. Un exemple presque inconcevable de constance politique...
SupprimerOui, vous êtes très constant, cher Laconique, la seule existence de ce blog est là pour le prouver. Je sais très bien que c'est la même femme qu'avant, mais on peut se demander alors si votre "constance politique" ne devient pas de l'aveuglement.
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