10 juin 2011

La vraie leçon des "Frères Karamazov"

      Déçu par Les Frères Karamazov de Dostoïevski. Tous les livres nous déçoivent. C’est là sans doute le plus grand profit qu’il y a à tirer de toutes les expériences : comme toutes sont décevantes, elles finissent par nous enseigner que nous sommes supérieurs à tout, et qu’il n’y a pas de richesse à rechercher en dehors de nous-mêmes.
       (Le seul but de la vie est de devenir maître de soi. Ce n’est pas la nature des expériences qui détermine la qualité d’une vie, mais la manière dont on les appréhende : si on les domine, ou si on les subit.)

9 juin 2011

C'est Platon qui avait raison

      Le fait que nous puissions lire et comprendre des récits historiques concernant des époques et des contrées extrêmement variées prouve bien qu’il existe des réalités universelles qui se répètent sans cesse et se manifestent à travers les objets particuliers. Appréhender ces forces abstraites et s’y conformer pour se déterminer et agir, voilà le sens de la sagesse.

7 juin 2011

Cioran

      J’aime beaucoup Cioran. Moins sérieux que Nietzsche, il est en réalité bien plus profond, et surtout bien plus malin, ce qui lui a permis de ne pas perdre la raison et de mourir à quatre-vingt-quatre ans. Cioran est un authentique philosophe, il a trouvé un truc génial pour faire face à tout, c’est l’idée du suicide. Plus que l’idée de Dieu, plus que les sagesses antiques, plus que la méditation, l’idée du suicide a constitué pour lui une source immédiate et toujours disponible d’apaisement. En dénonçant le bonheur, l’espoir, l’harmonie comme des chimères ridicules, il s’est certes condamné à vivre dans la constante proximité du malheur, du désespoir et du déséquilibre. Mais ce qu’il a tiré du constat du néant de toutes choses et de la vanité de toute vie humaine, et surtout de la possibilité toujours offerte d’y mettre un terme, est plus précieux à vrai dire que l’univers entier, et si rarement atteint par un mortel : c’est la conscience d’une liberté infinie.

6 juin 2011

La vérité en philosophie

      La vérité absolue n’existe pas, pour la simple raison que toute expérience est le fruit de la rencontre entre un sujet et un objet. S’il y avait une vérité absolue, il n’y aurait pas de liberté du sujet. Or, la vie est une tension vers la liberté. Tout ce que l’on peut dire, c’est que certaines croyances produisent tels effets chez celui qui les adopte, et d’autres croyances tels autres effets. Prétendre que telle croyance ne repose sur aucun fondement réel ne signifie donc pas que celle-ci soit vaine, tout au contraire : c’est précisément parce qu’aucune croyance n’est vraie qu’il s’agit de choisir celle que l’on adopte avec le plus grand soin. Celui qui croit à l’autonomie de la volonté, à la souveraineté de l’âme, vivra la réalité dans cette perspective, tandis que celui qui croit à la nature strictement matérielle et corruptible de tout être vivant en fera l’expérience dans sa chair. Toutes les religions, tous les rites ne sont donc pas des fadaises, mais l’énoncé des croyances et des pratiques les plus propres à favoriser l’épanouissement dans l’existence.

4 juin 2011

L'universel et le singulier

      Le but de toute spiritualité authentique est d’atteindre l’unité. Sur ce point, les monothéismes abrahamiques et les sagesses orientales concordent. Mais les sagesses orientales appréhendent l’unité à travers des concepts universels : Brahma, le Tao, etc. Tout ce qui est singulier, pour elles, relève de l’illusion. La démarche spirituelle consiste à s’abstraire de l’emprise du singulier pour atteindre, en soi, l’unité.
       Le peuple juif, et lui seul, a inventé une autre voie. En s’inscrivant dans l’Histoire, en révélant sa Loi à une époque déterminée, à un homme déterminé, en établissant sa demeure en un point précis du globe, il a inauguré une conception du sacré tout autre, qui sera ensuite reprise par le christianisme et l’Islam.
       Intellectuellement, je me sens peut-être plus proche de la première option. La Bhagavad-Gîtâ est sans doute le texte humain qui, pour moi, se rapproche le plus de la vérité métaphysique. Pourtant, force est de constater que ces abstractions, ou du moins leur énoncé théorique, ont bien moins de prise sur moi que les pages de la Bible et du Coran, auxquelles je reviens sans cesse. Tout ce qui est singulier attire l’attention et la retient, tandis que l’universel s’évapore assez vite dans le nébuleux. Nous avons besoin d’objets singuliers auxquels nous raccrocher, avant de nous élever dans l’absolu. Penser à Moïse, à Jérusalem ou au Christ est bien plus aisé que de concevoir l’Âtman ou Brahma. La vie s’affirme en se singularisant, tel est son mouvement, et les Formes éternelles ne s’accomplissent qu’à travers des êtres singuliers. Il faut donc, en définitive, aller vers le singulier, non vers l’universel, pour atteindre l’unité.